Liberté d’expression, blasphème, racisme : essai d’analyse philosophique et comparée

dimanche 24 juin 2007 par Guy Haarscher

Introduction :

Nous pouvons aujourd’hui prendre quelque distance à l’égard de l’affaire des caricatures de Mahomet, qui a défrayé la chronique au début de l’année 2006. Ce qui m’intéressera tout d’abord ici, ce sont les réactions à la publication, par le journal danois Jyllands Posten, des dessins litigieux . Je ne traiterai pas des réactions violentes qui ont eu lieu, en particulier au Proche-Orient, et qui contredisent d’évidence les valeurs démocratiques et les droits de l’homme . Je m’attacherai plutôt à réfléchir aux réactions qui ont eu lieu dans le cadre de l’Etat de droit. Certains ont considéré que la liberté d’expression devait en l’occurrence être défendue de façon catégorique. Ils ne plaidaient pas en faveur d’une liberté absolue, bien sûr impraticable. Mais ils pensaient que la question des caricatures dites « blasphématoires » posait un problème essentiel, et que, dans ce contexte, la liberté d’expression ne pouvait être mise en cause . D’autres, toujours dans le cadre de l’Etat de droit, affirmaient que la liberté d’expression devait être limitée dans une telle situation, pour des raisons de principe (respecter les sensibilités d’autrui) et de prudence (ne pas jeter d’huile sur le feu et attiser le ressentiment du monde musulman). Certains d’entre eux ont intenté des actions en justice en vue de sanctionner cet exercice supposé abusif de la liberté d’expression . On ne peut choisir l’une ou l’autre des branches de cette alternative qu’en prenant de la distance et en examinant ses tenants et aboutissants.

J’envisagerai tout d’abord la manière dont la Cour européenne des droits de l’homme et la Cour suprême des Etats-Unis traitent d’une telle question. Je montrerai que, pour « acclimater » le délit de blasphème, il est nécessaire de le traduire dans la langue des droits de l’homme, opération qui ne va pas sans périls majeurs. J’exprimerai ce processus de traduction illégitime, si on me le permet, par l’idée du « loup dans la bergerie » : l’adversaire des droits de l’homme (le « loup ») se déguiserait en défenseur de ces derniers (le « mouton »), rendant le travail critique d’autant plus difficile. Dans ce contexte, j’étudie un arrêt décisif de la Cour suprême des Etats-Unis en matière de blasphème, dont le caractère essentiel consiste en ceci qu’il appelle un chat un chat (ou un loup un loup) et refuse la « traduction ». Ensuite, je distingue soigneusement entre le blasphème et les propos racistes, souvent hâtivement – et illégitimement – rassemblés sous la bannière du « discours de haine » (hate speech). Je montre les effets pervers d’une telle identification fallacieuse. J’en viens alors au discours raciste pour lui-même, ainsi qu’à son avatar négationniste. Je termine par une analyse qui tente de rendre compte de la différence existant entre les positions respectives de la Cour de Strasbourg et de la Cour de Washington en termes d’acceptation ou de refus du test dit de la « balance des intérêts », ou encore de la « proportionnalité ».

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