Le traité de l’argumentation

Pour autant, Perelman définit son travail autour d’un problème philosophique qui dépasse les limites de la philosophie des sciences. Comme en témoigne l’exemple de la justice, ce qui pose réellement problème au philosophe, ce sont les propositions portant sur des valeurs en tant qu’elles ne sont susceptibles ni d’une vérification empirique, ni d’une analyse formelle. Les années 1950 sont marquées par le diagnostic suivant : rejeter comme irrationnelles l’ensemble de telles propositions équivaut à « une nette diminution des prétentions [de la raison où] celle-ci [est] presque complètement éliminée du domaine de l’action et de celui des jugements de valeur qui pouvaient motiver nos choix » (« La quête du rationnel », 1950, rééd. : Rhétorique et philosophie, PUF, 1952). Perelman recherche alors une tradition philosophique qui lui permette d’apporter une réponse à ce problème fondamental des propositions pratiques au sens large (Emile Bréhier, « Histoire de la tradition que recherche M. Perelman » (Papiers posthumes), reproduit in Rhétorique et philosophie). Cette entreprise, menée de concert avec Lucie Olbrechts-Tyteca durant cette période, aboutit à la parution du Traité de l’argumentation en 1958.

Le Traité remplit le programme d’une « théorie générale de l’argumentation » que Perelman nomme aussi « Nouvelle Rhétorique ». On peut présenter l’objet de sa philosophie à cet égard comme le projet d’une description des différents arguments comme autant de moyens « qui permettent d’obtenir ou d’accroître l’adhésion d’autrui aux thèses que l’on propose à son assentiment ». Au-delà de cette dimension descriptive, la « nouvelle rhétorique » se revendique comme « une philosophie du raisonnable » où la valeur d’une « idée nouvelle » se mesure à sa capacité d’emporter, ou non, l’accord des participants à la controverse qui naît obligatoirement de son introduction. Ce régime de validité sanctionné par le critère d’un « accord » recouvre, selon Perelman, l’ensemble du « domaine » de l’argumentation qui est « celui du vraisemblable, du plausible, du probable, dans la mesure où ce dernier échappe aux certitudes du calcul » (Traité de l’argumentation, PUF, 1958, t. 1, p. 1).


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